Alice & Peio
 
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A - Les choix politiques et stratégiques

Introduction

Nous avons eu l’occasion de voir dans les parties précédentes l’utilisation qui avait pu être faite du nucléaire dans différents domaines. Nous verrons ici ce choix d’un point de vue politique et stratégique militaire, de par les différentes options qu’il a amené, notamment pour les différents essais nucléaires et la notion de dissuasion qui s’est installée.

 

En effet, les Etats-Unis ayant été les premiers à avoir acquis un arsenal nucléaire lors de la seconde guerre mondiale, ont marqué le début d’une compétition à l’armement. Comprenant l’intérêt et la puissance de ces armes, l’URSS, le Royaume-Uni, la France et la Chine vont développer leur programme pour obtenir cette même puissance dans les années 1940 et 1950.

 

La possession de l’arme atomique augmentant la force de dissuasion et permettant ainsi de tenir à l’écart des ennemis trop menaçants va également donner à d’autres pays l’envie de développer des programmes d’arsenal nucléaires. Pour éviter trop de débordements et d’abus, des traités ont été créés. Nous allons en étudier les principaux et tenter d’éclaircir toute cette notion de dissuasion qui a engendré cette course soudaine à l’armement.

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Développement
  1. Les choix politiques et stratégiques

 

 

  1. Choix des essais nucléaires français

 

  • Algérie

 

Reggan, en plein cœur du désert, sert de terrain de tests et d’expérimentations. Le premier essai de bombe atomique français sera Gerboise Bleue le 13 février 1960 à 7h04. Ensuite les essais s’enchaineront (Gerboise Blanche/Rouge/Verte). Ces essais sont effectués par tirs aériens et soulèvent donc des protestations importantes en vue de la dangerosité de ces armes. Le gouvernement français décide donc de faire des essais souterrains. Puis en prévision du départ obligatoire de la France en 1967 (Accords d’Evian), le gouvernement prévoit son futur terrain de tests sur la Polynésie, et installe le Centre d’Expérimentation du Pacifique (CEP) sur l’atoll de Mururoa.

 

 

  • Polynésie

 

Pour cette fois-ci « assurer la sécurité radioactive », le gouvernement a développé la technique des essais sous ballon. Cette méthode aurait pour avantage d’éviter tout contact entre la boule de feu et l’eau de mer, et donc de limiter les retombées radioactives dans la nature.

En 1968, un essai thermonucléaire mégatonnique est effectué : La France détient la bombe H.

En  1972, suite aux nouvelles réactions de certains pays riverains, la France décide encore une fois de passer aux expérimentations souterraines (premiers essais au niveau de la bordure corallienne), mais en 1981, le gouvernement prend la décision d’effectuer les essais au centre de l’atoll.

 

Conséquences :

Un constat a été fait par le Docteur Christian Sueur, responsable jusqu’en décembre 2017 de l’unité de pédopsychiatrie du Centre Hospitalier de Polynésie française, en effet il relève des anomalies morphologiques parfois couplées à des retards mentaux chez de nombreux enfants Polynésiens. Les observations du docteur sont le fruit d’un travail de consultation et de recherche clinique, mené entre 2012 et 2017. Un travail réalisé à Tahiti, et dans cinq archipels, en particulier aux îles des Tuamotu-Gambier, l’une des zones les plus touchées par les retombées radioactives des 46 essais atmosphériques polynésiens menés durant huit ans à Mururoa et Fangataufa.

271 enfants ont consulté pour des troubles envahissants du développement (autisme, syndrome de Rett, syndrome d’Asperger, dysharmonies d’évolution.), parmi ces jeunes patients, 69 d’entre eux ont également développé des anomalies morphologiques et/ou des retards mentaux. Dans son rapport, le praticien relève des pathologies liées à des déficiences génétiques, susceptibles d’avoir été provoquées par des retombées radioactives sur les cellules germinales des grands-parents, avant de se transmettre sur plusieurs générations. La grande majorité de ces enfants ont en effet des aïeux qui ont travaillé sur place à l’époque des essais nucléaires et dont les parents sont nés à cette période. Fait troublant, plus de 70 % de ces enfants ont des parents mais aussi des frères et sœurs qui ont développé des pathologies telles que leucémies, cancers du rein ou de la thyroïde. Des pathologies radio-induites, c’est-à-dire des maladies considérées comme pouvant être liées aux retombées radioactives. A Tureia, atoll habité le plus proche de Mururoa et touché par 39 retombées radioactives, un enfant sur 4 est atteint d’un cancer de la thyroïde, de jeunes adultes sont décédés à la trentaine ou ont développé des pathologies héréditaires. Sur près de 300 habitants, le docteur Sueur a relevé une vingtaine de pathologies possiblement radio-induites, soit une morbidité d’une personne sur 5. A Reao, où vivent 369 habitants, près de 10 % de la population est touchée par une maladie radio-induite.

 

En effet  malgré des « mesures de sécurité », selon des documents secret-défense déclassifiés en 2013, le territoire aurait été survolé dans son ensemble par les nuages radioactifs.

Ce qui crée donc des effets et conséquences à long terme.

 

 

  1. Les différents traités

 

  • Le traité de non prolifération nucléaire (1968)

 

Le TNP vise à éviter « les dévastations qu’une guerre nucléaire ferait subir à l’humanité entière » (préambule). Il distingue les Etats dotés de l’arme nucléaire (EDAN), c’est-à-dire ceux qui ont fait exploser des bombes atomiques avant le 1er janvier 1967, et les Etats non dotés d’armes nucléaires (ENDAN).

Les EDAN sont la Russie (ex-URSS), les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France et la Chine. Ceux-ci s’engagent à ne pas transférer d’armes nucléaires ou la technologie pour fabriquer des armes atomiques aux ENDAN (article I du traité).

Par l’article II, les Etats non dotés d’armes nucléaires s’engagent à ne pas en fabriquer, et à ne pas non plus en acquérir. En contrepartie, les pays dotés de la technologie nucléaire doivent aider les ENDAN pour développer le nucléaire civil.

Par ailleurs, les Etats dotés de l’arme nucléaire doivent mener des négociations sur le désarmement complet à une échéance non fixée mais rapprochée (article VI).

La vérification des engagements pris en vertu du TNP a été confiée à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), créée en 1957, qui est chargée de développer les applications civiles du nucléaire et de limiter ses applications militaires. La plupart des Etats se sont ralliés au TNP. Il y a actuellement 190 signataires du traité (189 si l’on considère que la Corée du Nord s’en est retirée).

Même si ce traité n’a pas évité une prolifération limitée, plusieurs Etats ont développé ou tenté de développer l’arme nucléaire, comme l’Israël, l’Inde et le Pakistan, il a été bénéfique, grâce à ce traité, trois Etats qui conduisaient un programme nucléaire dans les années 1990 y ont renoncé : Afrique du Sud, Argentine et Brésil. Ils ont adhéré au traité. Le monde est passé d’un pic de 64 000 têtes nucléaires en 1986 à quelques 14 500 en 2018. Les autres puissances ont réduit leurs forces, comme la France (avec la stricte suffisance).

 

Mais ce dernier ne garantit pas comme espéré la fin de l’armement nucléaire dans le monde, en effet, si le nombre d’armes nucléaires a diminué dans le monde, le Sipri (Stockholm International Peace Research Institute) remarque, dans son rapport de 2018, que l’Inde et le Pakistan accroissent leurs stocks d’armes nucléaires. La Chine fait de même, son arsenal étant passé de 270 à 280 têtes de 2017 à 2018. Et les autres Etats modernisent, notamment les vecteurs portant les têtes nucléaires, ainsi que ces dernières.

 

 

  • Le traité d’interdiction complète des essais nucléaires (1996)

 

Ce traité interdit toute explosion nucléaire, le retrait du traité est possible en cas de remise en cause des intérêts suprêmes d’un État partie. Le TICE ne pourra entrer en vigueur qu’après sa ratification par les 44 États qui détenaient des installations nucléaires en 1996. Huit de ces États n’ont pas encore procédé à cette ratification : Chine, Égypte, États-Unis, Iran, Israël (signataires) ainsi que Corée du Nord, Pakistan et Inde (non signataires). Au total, 183 États ont signé le TICE et 159 l’ont ratifié.

 

Le traité prévoit la création d’un Système de Surveillance International (SSI) destiné à permettre la détection, la localisation et la confirmation de tout essai nucléaire supérieur à une kilotonne en tout point du globe et quel que soit le type de tir. Il s’agit d’un réseau composé de 321 stations de détection (et de 16 laboratoires d’analyses de radionucléides), réparties sur toute la planète, et dont les données sont transmises au pays qui en assure la responsabilité ainsi qu’à un centre international de données basé à Vienne. La France est responsable de 24 stations de ce réseau.

Bien qu’inachevé, ce régime (pour lequel l’effort financier s’est d’ores et déjà élevé à plus d’un milliard de dollars) a fait la preuve de son efficacité à l’occasion des trois essais nucléaires revendiqués par la Corée du Nord.

L’enjeu principal de ce réseau réside dans la construction des dernières stations (situées dans des zones difficiles d’accès ou sur le territoire de pays non signataires du Traité) et dans la maintenance des stations, dont certaines sont en place depuis plus de dix ans. Le TICE prévoit également la mise en place d’un mécanisme d’Inspections sur place qui doit permettre le déploiement automatique d’une équipe internationale d’inspecteurs en cas de soupçon de violation du traité par un État partie.

 

 

 

  1. Dissuasion

 

 

 Depuis l’époque de la Guerre froide, les Etats dotés de l’arme nucléaire lui attribuent un rôle de dissuasion.

Les partisans de la dissuasion évoquent l’absence de Troisième Guerre mondiale entre l’URSS et les États-Unis, mais il est impossible de savoir ce qui se serait passé sans l’existence des armes atomiques. Ils parlent aussi de la bombe, qui offrirait une sécurité en inspirant la terreur à l’ennemi.

 

 

 

Or, Israël a été attaqué en 1973 alors que le pays avait rejoint le cercle des États détenteurs. Même chose pour la Grande-Bretagne qui a dû faire face à une offensive de l’Argentine dans l’archipel des Malouines en 1982. Les cinq pays officiellement détenteurs de l’arme nucléaire s’offusquent aujourd’hui que la Corée du Nord développe son programme, en mettant en avant le traité de non-prolifération nucléaire. Ces mêmes pays oublient tout de même que l’article VI dudit traité – qu’ils ne respectent pas – les engage au désarmement nucléaire dans de brefs délais (même si la France développe la stricte suffisance).

         La prolifération nucléaire n’exclut pas le risque d’une menace terroriste (11septembre 2002 : Cela en dit long sur les limites d’une sécurité internationale qui s’est longtemps pensée invincible par la sacralisation de l’arme nucléaire.) Dans ce contexte, il apparaît évident que le concept de dissuasion nucléaire établi pendant la guerre froide ne répond plus aussi parfaitement qu’auparavant aux menaces modernes.